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L’heure (paroles: Anne Pélouas)

C’est un bras qui s’étire
Petit matin câlin
Et dans le creux des draps
Je sens ta peau satin
Ta bouche tout sourire
Te voilà, tu es là
.
Il y’a des heures magiques, bien plus belles que d’autres
C’est sur le Pacifique, un grand bateau, le nôtre
Il y’a des heures magiques, bien plus belles que d’autres
Mais y’a des heures tragiques, plus dures que les autres
.
C’est un bras qui s’étire
Petit matin chagrin
Et dans le creux des draps
Je sens le feu éteint
Personne pour se blottir
Bien sûr, tu n’es plus là
.
Il y’a des heures tragiques, plus dures que les autres
C’est comme le Titanic, un grand naufrage, le nôtre
Il y’a des heures tragiques, plus dures que les autres
Mais y’a des heures magiques, bien plus belles que d’autres
.
Un rayon de soleil
Sur la table dressée
Deux couverts vermeil
Et un café fumant
Sur la table enlacés
Nos doigts jouent les aimants
.
Il y’a des heures magiques, bien plus belles que d’autres
Comme dans la mer Baltique, un beau plongeon, le nôtre
Il y’a des heures magiques, bien plus belles que d’autres
Mais y’a des heures tragiques, plus dures que les autres.
.
Un rayon de soleil
Sur la table délaissée
Eclaire le champ d’bataille
C’est aujourd’hui que j’paie
Pour trop d’amour donné
Mes doigts seuls sur l’émail
.
Il y’a des heures tragiques, plus dures que les autres
C’est un iceberg arctique, un gros glaçon, le nôtre
Il y’a des heures tragiques, plus dures que les autres
Mais y’a des heures magiques, bien plus belles que d’autres
.
Dans ton regard étrange
Sur le sommet d’un mont
Je vois deux petits anges
Qui rêvent de grands espaces
Et nos corps vagabonds
Sur la pierre se prélassent
.
Il y’a des heures magiques, bien plus belles que d’autres
Des instants angéliques, cet azur, c’est le nôtre
Il y’a des heures magiques, bien plus belles que d’autres
Mais y’a des heures tragiques, plus dures que les autres
.
Dans ton regard étrange
Au beau milieu du pont
Je vois que je dérange
Tes plans pour traverser
Et nos corps moribonds
Sur le pont vont s’quitter
.
Il y’a des heures tragiques, plus dures qu’aucune autre
Des instants maléfiques, malgré nous on s’y vautre
Il y’a des heures tragiques, plus dures qu’aucune autre
Mais y’a des heures magiques, plus belles qu’aucune autre
.
Un accent de musique
Et tu danses et tu voles
Tu me prends par la taille
Tourbillon frénétique
Histoire sans parole
De deux corps qui tressaillent
.
Il y a des heures magiques, bien plus belles que d’autres
Et y’a des heures tragiques, pas mal plus dures que d’autres
Glissements tectoniques, pas’d’choix, ce sont les nôtres
Il y a des heures magiques dilalalalala
Et y’a des heures tragiques dilalalalala

Béluga (paroles: Anne Pélouas)

C’était un beau matin d’automne
A l’heure où certaines cloches sonnent
Le réveil ou le déjeuner
Couché entre deux gros rochers
T’avais l’air du dormeur du val
Même sans personne qui tire une balle
Dans l’bout d’en bas de l’Ile Verte
.
J’aime pas le bruit
J’aime le silence
Mais y’a des jours
Où je m’ennuie
De tes discours
Plein d’éloquence
Bé-lu-ga…
Bé-lu-ga…
.
Ils sont ailleurs, bien cravatés
Doucettement climatisés
Dans leurs bureaux, dans leurs usines
Ils se gorgent de caféine
Et jettent au fleuve sans un remords
Des tonnes de leurs déchets de mort
Avant d’aller courir, alertes
.
J’aime pas le noir
J’aime l’arc-en-ciel
Mais y’a des jours
J’voudrais plus voir
Tous ces vautours
Industriels
Bé-lu-ga…
Bé-lu-ga…
.
Toi, t’as fini ta course folle
Ta lutte contre toutes leurs fioles
T’étais pas d’taille à les contraindre
Et ton troupeau peut bien se plaindre
Lui faudrait plus qu’un porte-voix
Pour qu’ils se mettent à faire des lois
Qui ne rendent pas le fleuve inerte
.
J’aime pas le froid
J’aime la chaleur
Mais y’a des jours
J’irais tout droit
Trouver secours
Dans vos vapeurs
Bé-lu-gas…
Bé-lu-gas…
.
C’était un beau matin d’automne
Quand j’y pense, encore je frissonne
Non pas de frette mais bien de glace
De t’avoir vu de guerre lasse
Abandonner tes jeux marins
Venir t’échouer, vilain destin
Dans l’bout d’en bas de l’Ile Verte.
.
J’aime pas ta mort
J’aime mieux la vie
Mais y’a des jours
J’prends tous les torts
D’ce monde de sourds
Qui te punit
D’avoir choisi
Le fleuve pour lit
Bé-lu-ga…
D’avoir choisi
Le fleuve pour lit
Bé-lu-ga…

Au Mitan de la vie de plein air

Elle est bien connue des habitants de l’île d’Orléans, cette route du Mitan qui la traverse de part en part côté nord-est, comme le font ses «sœurettes» de la partie sud-ouest, la route des Prêtres et la route Prévost. L’été, quand on a fait le «vrai» tour de l’île à vélo, l’île procure des joies insoupçonnées tant elle est paisible tout au long de son parcours, grimpant de Sainte-Famille sur un haut plateau, à travers champs et forêts, avant de redescendre vers le village de Saint-Jean. L’hiver, la petite route est fermée à la circulation routière, mais les motoneigistes locaux l’utilisent. On peut facilement l’emprunter en skis de fond tout en veillant à se tenir sur le côté dans les virages, les montées ou les descentes pour éviter les mauvaises rencontres! (lire la suite)

À bas la haute montagne!

Une fois n’est pas coutume: on aime parfois faire de la distance sans grand dénivelé, pour trois jours loin de tout, avec transport de bagages pour les deux tiers du trajet. La réserve faunique de Papineau-Labelle, entre l’Outaouais et les Laurentides, est parfaite pour ce style de longue randonnée. (lire la suite)

Au pays des montagnes vertes

En juin 2010, on inaugurait à cheval, sur les territoires de Sutton, Bolton et Potton, la réserve naturelle des Montagnes-Vertes, version québécoise des montagnes du Vermont tout proche. Un nouveau paradis pour la randonnée pédestre et la raquette, à coup sûr, mais les petits malins du ski de fond hors-piste connaissaient déjà bien les lieux, surtout dans la vallée Ruiter, au sud-est de cette nouvelle aire protégée de 50 km2, faisant partie intégrante de la chaîne des Appalaches. Il faut s’enfoncer loin dans le bois en voiture à partir du village de Mansonville pour découvrir ce que les initiés appelaient leur vallée «secrète». Son partage ira désormais de pair avec sa protection au long cours, ce qu’on ne peut que saluer! (lire la suite)

Dans les couleurs de la montagne Noire

Le sentier de la montagne Noire forme une section de la piste Intercentre, qui permet de relier le lac Archambault au lac Supérieur sur une trentaine de kilomètres, entre les régions de Lanaudière et des Laurentides. Il est quasi mythique pour les amateurs de ski de longue randonnée, mais le fouler de ses pieds en automne n’en est pas moins plaisant, surtout si on ne dispose que de peu de temps, d’autant que la randonnée, assez facile, est accessible à tous. (lire la suite)

Les pieds dans l’eau dans Lotbinière

Difficile de marcher plus près de l’eau… À Saint-Antoine-de-Tilly, sur la rive sud, longer la berge du fleuve procure un plaisir rare : celui d’une randonnée pédestre originale, en terrain plat, avec la falaise d’un côté et le Saint-Laurent de l’autre. Il faut consulter la carte des marées si l’on ne veut pas avoir de mauvaises surprises, car c’est à marée basse seulement que l’on peut s’offrir la totalité du trajet! (lire la suite)

Tomber dans les pommes!

À l’automne, on y court, on y court… Le mont Rougemont est bien connu des amateurs de pommes quand vient le temps de les cueillir soimême. Pourquoi ne pas en profiter pour le découvrir autrement que dans une file de voitures attendant son tour pour en faire le tour ? Il faut l’aborder par la face sud… hors des sentiers battus. (lire la suite)

La nouvelle route vers le Pacifique

Reportage publié en 2007 dans Géo

Avec la fonte des glaces dans l’océan Arctique, s’ouvre un fabuleux raccourci pour les navires qui font route vers l’Asie: le passage du Nord-Ouest. Les enjeux commerciaux, diplomatiques et écologiques sont colossaux. Géo – Reportage

À tire d’aile

Une petite fille et un long silence… Une fillette toute fraîche dans un silence pesant… L’heure n’est aux réjouissances d’aucune sorte. L’heure est à la gravité, mais le soleil brille dans les yeux de l’enfant. Il brillera toujours dans les yeux des enfants.

A Indian Harbour, en cette fin d’après-midi, la lumière est magnifique. On le note comme un fait, sans songer à en retirer un quelconque plaisir. Sur le terrain de baseball de l’école, dans ce petit village néo-écossais, les cris d’enfants joyeux ont cédé la place à la musique mortuaire. Quelqu’un lit, lentement, les noms des 229 victimes de la catastrophe aérienne de Peggy’s Cove. Une semaine plus tôt, elles ont plongé dans l’océan, au large, et la pêche macabre se poursuit inlassablement pour tenter de retrouver les corps des disparus.

Je suis là, à Indian Harbour, quand les photographes mitraillent leurs parents ou amis, venus des quatre coins du globe et regroupés sous un grand chapiteau blanc, aux côtés des « dignitaires » et de tous ceux – pêcheurs, secouristes, militaires, policiers… – qui participent depuis la nuit de l’accident aux opérations de recherches. Tous sont venus ici pour rendre hommage aux victimes. Beaucoup sont là pour exprimer leur compassion à ceux  qui ont été frappés de plein fouet par la disparition d’un, de deux, de trois, de quatre, parfois de cinq membres d’une même famille.

Je suis là, à observer le manège des caméras et objectifs qui ne lâchent pas le groupe des « familles ». Le moindre sanglot, le moindre tressaillement d’épaule, le moindre signe distinctif du malheur est happé par ces yeux électroniques. Voyeurisme du drame humain qui s’abat sans crier gare. J’ai honte d’être là, d’exercer ce métier de journaliste qui me tient habituellement loin de ce genre d’évènement. Mais je suis là et comment ne pas regarder quand on est là! Regarder en se disant que n’importe qui pourrait être à sa place dans le groupe. Moi y compris.

Un jour, vous regardez le drame au petit écran. La télé diffuse à la pelle les mauvaises nouvelles du monde: naufrages, explosions, déraillements, guerres, assassinats… Lorsque cela ne suffit pas, on lance un film-catastrophe, comme le Titanic, histoire d’alimenter le goût immodéré des gens pour tout ce qui a une saveur de tragédie. Vous vous dites « quelle tristesse ! » en préparant la soupe du soir. Vous n’êtes pas insensible au drame humain, même s’il se joue au loin. Vous avez du coeur. Deux cents personnes sont mortes dans des circonstances atroces, mais vous mangez votre soupe, comme d’habitude, parce qu’il n’y a rien d’autre à faire.

Et puis un jour, la vie dérape. Vous êtes à la mauvaise place. Vous n’avez pas pris l’avion, mais votre mari, oui. Ou votre soeur. Ou vos parents. Ou un ami de longue date, avec femme et enfants. Tout d’un coup, vous êtes là, assise sur une chaise en plastique, toute de blanc vêtue, dans un lieu du monde complètement inconnu, prostrée, infiniment seule. On vous tient par la main. On vous soutient, mais vous êtes seule, terriblement seule, pathétique, terriblement pathétique. Et vous vous foutez des regards. Vous n’êtes plus devant la télé. Vous êtes l’actualité même. Poignante.

Rien n’a plus d’importance que ce lien qui vous tient, en pensée, avec l’être aimé. Celui à qui vous avez à peine dit au revoir, le matin de son départ. Il fallait emmener la petite à la garderie. Vous étiez en retard. Il ne partait que pour trois jours. Un baiser furtif, sur le pas de la porte. Et puis, plus rien. Plus jamais rien.

Vous n’êtes pas là, à Indian Harbour. Vous êtes à New York, une semaine plus tôt. Et vous refaites le scénario du film. Parce que la fin ne vous plaît pas. Pas du tout. Vous remontez au matin du départ. Il est anxieux. Il n’aime pas prendre l’avion. Vous lui dites qu’il peut toujours annuler son voyage. Et il le fait. Ou il dit non, mais il y a trop d’embouteillages sur la route qui mène à l’aéroport. Quand il vous appelle, le soir, il est toujours là. Il a raté le départ. Il attend le prochain vol et vous demande de venir dîner avec lui.

Parfois, vous acceptez la première fin du film. Alors, vous refaites la scène du matin. Vous vous êtes réveillée la première. Vous l’avez regardé dormir, paisiblement, pendant quelques minutes. La caméra glisse sur son corps, suit votre main qui le caresse, lentement, de la hanche au torse, jusqu’au visage, jusqu’aux cheveux. Il se tourne vers vous, ouvre les yeux, vous sourit. Il vous embrasse, délicatement, se serre contre vous. Et vous faites l’amour, avec une infinie douceur, sans précipitation. Quand vous partez, il lève la petite dans ses bras et la fait rire en imitant le bruit d’un moteur. Il « fait l’avion » avec elle, puis il vous embrasse, joyeux, amoureux, fier de sa petite famille. Depuis que la porte de l’ascenseur s’est refermée, vous portez en vous une dernière image, précieuse, de lui. L’épaule appuyée sur le mur du couloir, il vous envoie un baiser, en soufflant dans sa main. Un baiser d’air qui virevolte au-dessus d’Indian Harbour.

Mais vous n’êtes pas là, à Indian Harbour. Vous êtes sous l’eau, à 60 mètres de profondeur, avec les plongeurs de la Marine canadienne. Vous cherchez depuis une semaine. Vous avez déjà retrouvé la petite valise de cuir que vous lui aviez offerte deux ans plus tôt, à Noël. Vous n’avez pas voulu l’ouvrir quand on vous l’a proposé. Il suffit qu’elle soit là, dans la chambre de l’hôtel d’Halifax. Comme une urne funéraire. Et vous cherchez toujours. Parce qu’il vous faut un corps. On ne peut pas finir ainsi, dans l’anonymat sous-marin. Vous refusez cette mort-là, cette sépulture-là. Pas pour lui, pas pour cet homme au sourire délicieux, aux lèvres douces, au coeur généreux. Pas pour ce corps, jeune et musclé, tant aimé. Une chanteuse Micmac vous a bien dit, tout à l’heure sur scène, que l’eau – premier lieu de vie humaine – était le plus bel endroit pour mourir, mais vous n’en voulez pas. Pas pour lui. Non, pas pour lui.

Sur scène, on vient de prononcer son nom. Et vous êtes saisie d’un tremblement incontrôlable. C’est alors que la petite vous échappe. Elle était là, bien tranquille, collée sur vous, depuis le début de la cérémonie, au premier rang des familles. Et voilà qu’elle s’avance sur la pelouse, entre la tente-chapiteau et la scène, dans sa jolie robe bleue. Vous amorcez un mouvement pour la retenir. Et puis, non, vous la laissez aller. L’espace est libre, entouré de barrières, pour tenir les médias un peu à l’écart. Du haut de ses deux ans, elle s’avance, indifférente aux cliquetis des appareils-photos. Elle se promène, un brin de « sweetgrass » à la main, fait face un instant au Premier ministre, puis s’en va vers la scène, s’approche d’une gerbe de fleurs déposée quelques minutes auparavant par deux jeunes enfants. Ce sont eux qu’elle rejoint, ensuite, au pied de la scène. Elle est belle. Elle est gracieuse. Elle est seule. Elle sourit aux enfants. Elle sourit à la vie. L’avion a fini son vol. Elle commence le sien. Vous lui tendez les bras. Comme lui.