Le Canada cherche de nouvelles voies d’obtention d’isotropes médicaux
Publié le 9 février 2011
La défaillance du premier producteur mondial avait entraîné en 2009 et 2010 une pénurie qui pourrait se reproduire. Le monde médical vit une période d’accalmie en matière d’approvisionnement en isotopes médicaux. Le technétium 99m (99mTc), utilisé pour les diagnostics par imagerie et les traitements de cancers ou de maladies cardiaques, est employé chaque année dans environ 35 millions d’examens. Mais une épée de Damoclès plane toujours sur les capacités mondiales de production, suspendues à des incertitudes technologiques. Lire la Suite…
Dans le parc du mont Riding (Manitoba) – suite
Rencontre passionnante au cours d’une initiation au geocaching dans la région de Clear Lake : le GPS pointe sur la Cabane de la baie Deep. En
retrait du lac, dans une clairière, le chalet en bois rond est lieu historique du parc. Mais son principal intérêt est d’y rencontrer un artiste en résidence. Le parc développe ce programme depuis 2006 avec le Conseil des arts du Manitoba. Kevin Lee Burton nous attend près d’une « chaise Adirondack ». Un livre est posé sur l’accoudoir. « Je suis allé lire sur la plage, comme je le fais chaque jour », nous dira-t-il en nous
racontant l’une des journées-type qu’il passe ici. Cet autochtone de 32 ans est cinéaste à Winnipeg. Il a « gagné » le droit de venir en retraite
à cette cabane pour quatre semaines, deux en mai, deux en septembre. C’est un »beau cadeau fait aux artistes, un lieu d’inspiration qui m’est
essentiel », confie-t-il. Il y poursuit l’écriture d’un scénario de film, son quatrième long métrage (documentaires comme fictions), « loin des
activités trépidantes de la ville. Il faut d’abord, confie-t-il, s’habituer au silence, écouter les sons de la forêt et du vent, apprivoiser la solitude, sans connection internet, Facebook et autres outils de communications au profit d’une re-connection avec la nature. L’homme est charmant, touchant. Il parle de son peuple cri, de la Nation God’Lake Narrow, de son souci comme cinéaste de la préservation des langues autochtones… On le quitte à regret, se promettant de voir un de ses films un jour !
Au Manitoba, suite…
De la bannique crie au pain ukrainien
La petite ville de Dauphin, au nord du parc du Mont Riding, abrite le musée historique de Fort Dauphin, un site reconstituant un fort des débuts de la colonisation en 1740, du temps de la traite de la fourrure. Dans le bâtiment principal, nous sommes conviés à préparer le frugal repas des « voyageurs » de l’époque : du bison séché mélangé à des baies de Saskatoon et de la graisse de bison. A l’aide d’une pierre, chacun écrasera quelques morceaux de bison séché et de baies pour réduire le tout en poudre. Celle-ci est mélangé à la graisse et prête à déguster. Le premier effet n’est pas mauvais mais l’arrière-goût, vaguement rance, est plutôt tenace. Direction le tipi où Rod Young nous attend autour d’un
bon feu. Il fait brûler quelques herbes sacrées avant de nous expliquer que chacune des treize perches soutenant le tipi cri désigne ce à quoi aspire ou croit son peuple : amour, humilité, ppartage, force… C’est la première fois qu’on me parle ainsi d’un tipi ! Puis il nous montre comment cuire simplement la bannique : en enroulant la pâte en spirale au bout d’une tige de bois vert. Comme un morceau de guimauve ! Au bout de quelques minutes au-dessus des braises, il est prêt à manger…
Direction l’église ukrainienne de Dauphin.
La ville compte une importante communauté ukrainienne , avec quelque 3000 personnes sur 10.000 habitants. Elle organise chaque année en août et depuis 45 ans le Festival national ukrainien. Dans le sous-sol de l’église, un atelier de cuisine permet d’apprendre à décorer un pain à l’ukrainienne ! L’activité Baba’s Bread & Borscht (pain et borscht de grand-mère) vise à faire connaître la façon de faire et surtout de décorer le pain traditionnel , tout en permettant aux visiteurs de goûter à des plats traditionnels. Les grands-mères de la communauté partagent leur savoir-faire en montrant comment malaxer la pâte à pain puis la décorer de motifs, tresses, fleurs, arabesques… Cela semble facile mais ça ne l’est pas car la pâte, très élastique, refuse parfois de répondre aux ordres !! Nous travaillons sérieusement sur nos « œuvres », pendant que quatre musiciens en costume traditionnel jouent des airs de leur pays d’origine. Les pains étant au four, nous dégustons borstch, viande, pierogis et de délicieux petits morceaux de pain enrobés de feuilles de betteraves recouvertes de fromage grillé… Après la tarte au citron, place à la danse pour digérer un peu. Mon passé de danses folkloriques dans un mouvement scout (EEDF en France) m’aide à retrouver le rythme de la polka…
Tourism Dauphin : www.tourismdauphin.ca; 1 877 566-5669
Au coeur du Manitoba
En route pour visiter le parc national du Mont Riding, à
l’ouest du Manitoba (centre du Canada), en compagnie de journalistes canadiens, allemands et australiens, j’ai fait arrêt un soir à Winnipeg, la capitale de la province.
Temps frisquet déjà dans les Prairies canadiennes mais le soleil est de la
partie. Nous avons soupé au Mise Bistro. Les proprios Terry et Sue Gereta (qui est une anglophone originaire de Chicoutimi, au Québec). Le resto se spécialise dans la cuisine des Prairies. Au goût, on ne voit guère ce qu’elle a d’original… On apprécie par contre son parti-pris pour l’approvisionnement en produits les plus locaux possibles.
Retour pour la nuit à l’hôtel Inn at The Forks, un joli hôtel-boutique du
quartier The Forks, quartier historique de la ville joliment restauré. Le futur
Musée canadien des droits de la personne, qui ouvrira en 2013, est en train de sortir de terre à deux pas de là. L’hôtel, de style très contemporain, est un
cinq étoiles « green key eco-rating » délivré par l’Association
hôtelière du Canada, le seul au Manitoba et dans le club select de huit au
Canada. Les chambres, avec beaucoup de bois, sont chaleureuses tout en étant simplement décorées. Mention particulière pour le superbe comptoir et lavabo en verre. Le directeur de l’hôtel nous dira au matin qu’il a été fabriqué par l’entreprise montréalaise Think-Glass !
Inn at the Forks : 204 942-6555
Arctique: les blâmes pleuvent sur Ottawa
Publié le 15 novembre 2007
«Il faut plus que de belles paroles pour défendre la souveraineté», affirme Stephen Harper en parlant de l’Arctique. Ainsi, l’été dernier, le premier ministre a multiplié les annonces à propos de cette région. Mais là-bas, plusieurs voix s’élèvent pour dénoncer les choix du gouvernement conservateur, comme l’a constaté notre collaboratrice, qui revient d’un voyage de quelques jours en Arctique à bord du Louis-Saint-Laurent. (lire la suite)
American Dream, réalité innue
Fin septembre : la chasse à « tout » bat son plein au Québec. Chasse au canard, à l’ours, à l’orignal… Il ne fait pas bon se promener dans les bois, dans la taïga ou la toundra. Ce jour-là, la chasse bat aussi son plein, curieusement, à Montréal. A l’abri des regards indiscrets.
Sur la rue Côte-de-Liesse, l’hôtel Holiday Inn cache bien son jeu. Le spectacle se joue à l’arrière, en coulisses, au fond du parking. Le rideau se lève sur une scène étrange, avec des acteurs surprenants. Sur l’asphalte gît une ribambelle de panaches sanguinolents. Un convoi d’Américains en tenue de Rambo vient de débarquer d’un bus. Avec armes et bagages, les premières sagement rangées dans leurs étuis, les seconds réduits à un sac de hockey. Car il fallait de la place dans l’avion de retour du Moyen Nord québécois… pour les caisses de viande de caribou et de poisson fumé qui s’empilent dans le stationnement avant de prendre la route des Etats-Unis.
Les chasseurs récupèrent leurs bagages. Chacun a sa casquette de pourvoirie « Safari Caribou », « Hunt with the Pro’s », « Labrador Outdoors »… Je me sens comme une Blanche en Afrique noire. Tous sont habillés en kaki des pieds à la tête, bottes et casquettes comprises. Jusqu’à la ceinture ! Les sous-vêtements, aussi, peut-être ? La tenue de camouflage made in USA comporte son lot de dessins d’arbres et de verdures : pas vraiment adaptée à ce Nord dont ils reviennent, où les arbres ont quasiment disparu du décor.
C’est vers là que je me dirige… comme ces autres chasseurs qui attendent leur tour dans le stationnement. Le groupe de « Voyages Nord du Québec » compte une trentaine d’Américains. Nous embarquons dans un bus pour l’aéroport de Dorval. Je suis la seule femme à bord, au milieu de ces barbus à la mine patibulaire. Mon regard est biaisé, sans doute, car quelques jours plus tôt j’ai visionné « Bowling For Colombine », le film de Michael Moore sur l’Amérique des armes libres.
Au bureau de Sky Service, nous attendons longtemps que l’avion de la « Nolinor » soit prêt. Un employé m’apprend qu’il s’agit du dernier voyage de la saison avec des chasseurs. Mon voisin arbore fièrement sur sa veste un écusson du « North American Hunting Club », avec la mention « Life Member ». Je songe à Charleston Eston, président du dit club, interviewé par Michael Moore à sa somptueuse résidence californienne. Après quelques minutes, il refuse de répondre à une question, se lève et laisse l’interviewer en plan, sans un mot, pour retourner à ses affaires courantes…
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A l’aéroport de Schefferville, ce soir-là, c’est l’heure de pointe dans le petit hall bondé. Un canot de cèdre est suspendu au plafond. Une tête de caribou empaillée vous souhaite la bienvenue. Des dizaines de Rambo attendent que sonne l’heure du départ pour le sud. Ils ont l’air de soldats en route pour l’Irak, avec les mêmes habits de camouflage anachroniques que ceux de mon groupe.
Je les quitte pour l’hôtel du coin, à l’écart du village. Murs décrépis, chambres au décor minimaliste… Il ne faut pas en demander trop à hauteur du 55ème parallèle. On m’attribue une chambrette à deux lits, en me prévenant qu’il arrive parfois qu’un lit vacant se remplisse dans la nuit, en cas de tempête. A la salle à manger, une seule grande table : le plat du jour est servi illico presto, alors que j’entame un brin de causette avec mes voisins, pilote d’hélicoptère et photographe aérien, qui sillonnent la côte du Labrador pour prendre des photos et mieux cartographier la région. Toutes sortes de gens se côtoient à la table commune de ce « palace » nordique, seule auberge à mille lieux à la ronde ! Comme ce médecin qui quitte son cabinet de Magog pour venir ici toutes les trois semaines, grassement payé par le gouvernement…
En sortant de table, j’entends une jeune femme en pyjama qui parle fort au téléphone: « Je peux te descendre cinq mâchoires… Ce n’est pas beaucoup, je sais, mais nous sommes en fin de chasse… Mario a des camps dans l’est… On a une chance d’en récupérer par lui mais le mieux serait de négocier avec les Naskapis. Ils ont des têtes de caribous mâles… Oui, y’en a qui les mangent… Je proposerai dix dollars par mâchoire au chef demain… Ça m’étonnerait qu’on n’en voit pas arriver vite »… Trafic ? Pour qui ? Pourquoi ? Au petit déjeuner, je retrouverai la femme bavardant avec mes voisins du souper : pour apprendre qu’elle est en fait pilote d’hélicoptère, spécialiste du Grand Nord mais aussi biologiste…Avec un contrat du gouvernement provincial pour étudier la répartition des caribous mâles de la rivière George, selon leur âge et à partir des mâchoires !
Au matin, départ pour le lac Shaw, où m’attend Réal McKenzie, pilote d’hydravion. Le grand gars mince au facies indien, regard noir et visage osseux, porte parka élimée et jean déchiré. Nous partons pour le camp innu d’Aventures Ashini, à 220 kilomètres à vol d’oiseau, où je suis invitée comme journaliste. L’hydravion décolle dans les vagues, survole le village puis file bas au-dessus de lacs longilignes, d’une terre chaudement colorée, de collines suintantes, de rivières larges comme des fleuves… Malgré le bruit d’enfer du moteur de son coucou, un avion de brousse de cinquante ans, je converse avec Réal via casque et micro : « c’est un avion légendaire, à la mécanique ultra-fiable », assure-t-il. Ancien chef indien de Schefferville, Réal a roulé sa bosse dans le « nord » comme guide de chasse puis pilote. La toundra est son domaine, sa brousse à lui.
Le paysage change, avec plus de roc et moins de végétation. Voici la rivière George, qui court sur 480 kilomètres vers la baie d’Ungava. Une flèche s’avance en presqu’île dans le lac de la Hutte sauvage. C’est Wedge Point ! L’hydravion tourne en rond au-dessus de tentes blanches, perd de l’altitude puis amerrit sur la rivière. Serge, bouille ronde et sourire engageant, nous attend avec sa mère Elizabeth, un petit bout de femme vive. Un court sentier grimpe jusqu’au campement: deux tipis; une tente-cuisine; un « shaputuan » tout en longueur… Après le départ de Réal, qui reviendra me chercher dans deux jours, me voilà hors du temps, sans moyen de communication, à 1.200 kilomètres de Québec !
En après-midi, nous partons marcher à dos d’esker. L’éperon rocheux vu du ciel est sous nos pieds. On a du mal à voir dans cet éboulis au parcours ondulatoire une ancienne rivière souterraine. Serge m’explique son importance « stratégique » pour les caribous et les Innus, qui y campent depuis 6.000 ans : « C’est notre berceau ancestral, celui des Mushuau Innus, gens des terres dénudées », et le lieu de passage du deuxième plus gros troupeau de caribous migrateurs au-delà du 56ème parallèle ! L’endroit est mythique, pour ne pas dire mystique, pour les Innus. Des générations ont vécu là une transhumance exceptionnelle, comme le rappelle Elizabeth: « chaque année, quand j’étais jeune, nous quittions Sept-Iles, lieu de pêche estivale, pour partir au nord, à l’appel du caribou : plus d’un mois et 600 kilomètres en canot ou à pied ! Direction : Schefferville pour sept à huit mois ».
Serge et sa famille reviennent chaque été à Wedge Point. Lui rêve d’un « parc innu historique ». En attendant, il organise des séjours de découverte « nature et culture innue au Mushuau-nipi » (pays de la terre sans arbre). On dort dans le « shaputuan », on mange innu et les activités sont en rapport avec le mode de vie traditionnel des Innus : pêche et fumage du poisson, observation de la faune, randonnées, visites archéologiques…Quelques vestiges témoignent des campements anciens. Sur les hauteurs d’une colline, des bourrelets de terre délimitent encore de vieux emplacements de tentes, avec quelques pierres pour un feu. En marchant, Serge me raconte la « légende de l’Homme Caribou » : « après avoir rêvé qu’il était un caribou, un homme se réveilla avec des bois sur la tête et une tache blanche sur l’arrière-train. Après un certain temps, il devint chef de troupeau et bouleversa les lois de la chasse en demandant à ses frères caribous de demeurer à distance des chasseurs qui chasseraient abusivement. Devenu maître des animaux, l’Homme Caribou préside à leur destinée ».
De retour au camp, c’est au tour d’Elizabeth, cuisinière, de partager les secrets de la bannique, de la cuisson du caribou ou du poisson fumé. A soixante ans, elle se souvient de ses jeunes années : « à la mi-août, on partait en canot remonter la rivière Moisie pour se rassembler à Schefferville. Nous ne revenions qu’en mai. Les chasseurs pouvaient tuer jusqu’à mille caribous en quelques heures. On les cachait sous des pierres, pour les mettre à l’abri des ours ».
Tandis qu’après le souper, nous nous allongeons sous le shaputuan, elle poursuit : « C’était avant la création du village, en 1948, et l’arrivée du chemin de fer, en 1954 ». Trois ans plus tard, Ottawa sédentarisait de force tous les autochtones nomades, dont sa communauté innue, à Schefferville. Elle baisse le ton : « on nous a parqués comme des prisonniers dans un camp, à six kilomètres du village blanc. Pas de maisons, seulement d’anciennes cabanes de la mine, sans isolation ni chauffage. Il y avait de la glace dedans et nous dormions avec nos manteaux. C’était un vrai bidonville ! Mes parents étaient très pauvres, avec six enfants. Il a fallu attendre 1970 pour avoir de vraies maisons, construites en cercle à l’extérieur de la ville ». Douze ans plus tard, la mine ferme. « Ils ont tout détruit: les maisons des Blancs, le centre culturel, la piscine, la salle de curling… On a sauvé l’aréna. Ils ont même rasé un hôpital tout neuf. C’est ce qui m’a le plus peinée ».
Elle-même n’a pas assisté au carnage. « Ma mère m’avait choisi pour aller à l’école, dans un pensionnat pour autochtones de Sept-Îles. Je l’ai d’abord pris comme une punition ». Elle ne rentre à Schefferville qu’aux vacances scolaires, s’éloigne encore pour intégrer… le couvent de Saint-Anne-de-La Pocatière. A son école secondaire, elle découvre la vie avec de jeunes blanches… et le racisme ordinaire. Quelques autochtones sont perdues dans la masse. « La dernière année, j’étais seule mais ça s’est bien passé parce que j’étais très sociable ». Elle poursuit des études d’infirmière à Québec et y reste pour travailler. « Le médecin de l’hôpital m’appelait « ma petite indienne ». Cinq ans plus tard, elle rentre à Schefferville comme infirmière puis se marie avec un « beau blond de Montréal » avec lequel elle part pour l’Abitibi fonder famille… Vingt-six ans plus tard, elle revient finalement à Schefferville, sans mari, pour diriger le dispensaire innu…
C’est avec Georges, le lendemain matin, que je lierai aussi conversation. Physique imposant, épaules de joueur de football, visage rond, air de punk au crâne à moitié rasé: le neveu de Serge n’a pas eu la jeunesse facile à Schefferville. Devenu guide de pourvoirie sans finir son secondaire, il n’aime guère ces Américains qui « prennent le Nord pour un magasin, achètent un forfait, tirent sur un caribou, laissent le guide aller chercher la bête, la dépecer, transporter viande et panache sur son dos ». A eux, tireurs, la gloire au campement, à la maison, avec viande et trophée victorieux !
A dix ans, lui-même savait déjà dépecer un caribou… S’il porte en lui la désolation de Schefferville, Georges est aussi un vrai « homme-caribou », version moderne. A Wedge Point, il faut le voir trimer comme un diable avec sa hache, nettoyer le poisson en un tournemain virtuose, monter les perches d’une tente, tracer un sentier à la serpe ! Pas de doute : le pays du caribou est son lieu vital. A l’heure de la pause, avec thé du Labrador, je l’écoute encore parler de sa jeunesse dans la nature, des escapades avec des amis, du travail quand il en trouve… Volubile, il s’enflamme en m’expliquant comment tendre un filet en travers d’une rivière, repérer les meilleurs endroits pour taquiner le poisson…
Nous filons ce matin sur la fameuse rivière George, en canot de cèdre muni d’un moteur hors-bord. Au commandes, Georges joue les gondoliers, scrutant debout la surface de l’eau pour éviter les roches. Au milieu de la rivière, la houle enfle. Nous remontons le cours d’un affluent, comme un saumon après la fraie. Georges a stoppé le moteur et lance sa ligne à l’eau… Il « lèvera » vite une grosse truite grise, avant d’aller, avec Serge, tirer de l’eau un grand filet, tendu entre les deux rives. Sans être miraculeuse, la pêche nous offrira trois belles truites roses !
En après-midi, visite du petit cimetière innu avec Serge, fusil en bandoulière. Il me montre au passage des traces de pattes d’ours, avec griffes quasiment sorties de leurs ergots ! Le sol est bombé comme un terrain de golf, garni de mousses spongieuses et d’herbes multicolores qui épousent le relief du bouclier canadien. Nous allons de sépulture en sépulture, à peine visibles: un petit renflement de terre délimité par quelques bouts de bois couchés, blanchis par les ans.
A notre retour, Elizabeth tranche des morceaux de viande crue. Il y aura du caribou au souper. Je l’interroge: « les chasseurs blancs ne récupèrent que la viande et le panache. Et vous ? » « Cela nous fâche. Le caribou est notre animal nourricier. En utiliser le maximum est signe de respect. On peut faire tant de choses : des mocassins ou des bottes de cuir, des mitaines avec le poil, des raquettes avec les boyaux, des outils avec les os, des tentes »… Le poisson aussi (truite, saumon, brochet, omble de l’Arctique) est nourriture de subsistance, frais ou fumé. Serge a justement installé quatre perches liées en hauteur. Un feu rougeoie au centre. Elizabeth nettoie les truites fraîches, taille les filets, les lie deux par deux et les pose à cheval sur une branche horizontale où ils « cuiront » lentement dans la fumée.
Au soir, Serge jouera du tambour traditionnel, objet quasi-sacré pour les Innus. « Nos ancêtres s’en servaient pour chanter, dit-il. Chaque homme avait sa propre chanson, composée à partir d’une vision, d’un songe, d’un souvenir ». Pour avoir droit au tambour, ajoute Elizabeth, il fallait avoir rêvé de caribou, d’eau ou d’une femme ». Le lendemain, il faudra déjà dire adieu au Nord, à la rivière George, à Serge, Elizabeth et Georges quand l’hydravion de Réal se sera posé près du campement. Les yeux grands ouverts, je profiterai encore à plein du vol à basse altitude dans ce décor grandiose de toundra arctique. Pour « imprimer » à jamais ces images en mémoire, comme une piqure (celle du Nord) laissant une trace indélébile sous la peau.
Au Canada, les autochtones pèsent sur l’industrie
Publié le 18 Décembre 2010
Les Premières Nations veulent être davantage consultées sur les projets touchant leurs territoires ancestraux. Au Canada, l’avis des peuples autochtones sur les projets de mines, d’oléoducs ou de barrages hydroélectriques pèse de plus en plus dans les processus de décision. Il aura ainsi fallu près de quatre décennies pour que le projet gazier Mackenzie, dans les Territoires du Nord-Ouest, obtienne l’accord (sous 264 conditions suspensives !), jeudi 16 décembre, de l’Office national de l’énergie. (lire la suite)
Mon identité culturelle après le point, sur le Web
Publié le 06 Novembre 2010
Un nouveau champ de promotion de l’identité québécoise est en passe d’apparaître sur le Web. Le 26 octobre, l’Internet Corporation for Assigned Names and Numbers (Icann) a ouvert la porte à ceux qui voudraient sortir du carcan saturé des «.com » (96 millions) ou des codes de pays en deux lettres comme «.ca » pour Canada. D’ici à juin 2011, ils pourront déposer une demande de nom de domaine « linguistique et culturel » ou Lctld (pour Linguistic and Cultural Top Level Domain) dans le jargon des initiés. La Catalogne a été la première à revendiquer et obtenir un tel nom, en 2006. « Depuis la mise en application du «.cat», de nombreux organismes ou entreprises se sont enregistrés deux fois, en… (lire la suite)
Le gouvernement canadien rejette l’OPA de BHP Billiton sur Potash
Publié le 05 Novembre 2010
Le veto des autorités complique singulièrement la tâche du patron du groupe anglo-australien. Les arrière-pensées politiques l’ont emporté sur le credo libéral et la politique d’ouverture du Canada aux investisseurs étrangers. Le gouvernement canadien a en effet rejeté, mercredi 3 novembre, l’offre d’achat hostile de 38,6 milliards de dollars (27,33 milliards d’euros) du géant minier anglo-australien BHP Billiton sur le groupe Potash, premier producteur mondial de potasse. Lancée le 18 août, ce qui constituerait la plus grosse transaction de l’histoire industrielle canadienne n’a cessé de déchaîner les passions. C’était particulièrement le cas dans la province de la Saskatchewan où est basée la « proie ». (lire la suite)
Le Canada rumine son échec au Conseil de sécurité de l’ONU
Publié le 15 Octobre 2010
L’opposition dénonce les choix stratégiques du gouvernement de Stephen Harper. Le Canada était, avec l’Allemagne et le Portugal, candidat à l’un des deux sièges de membres non permanents au Conseil de sécurité des Nations unies réservés au groupe informel des pays occidentaux. Mais le 12 octobre, jour du vote, Ottawa a dû se retirer de la course après deux tours de scrutin, le premier ayant donné un siège à l’Allemagne, tandis que le second avait accordé une confortable avance au Portugal. L’échec est d’autant plus dur que le Canada avait toujours obtenu jusqu’à présent les sièges sollicités au Conseil de sécurité (à six reprises depuis 1948). (lire la suite)


Grouille pour pas qu'ça rouille