Montréal s’apprête à déverser ses égouts dans le Saint-Laurent

Article paru sur lemonde.fr le 10 octobre 2015

 

Le maire de Montréal a engagé une épreuve de force avec le gouvernement d’Ottawa, hostile aux rejets.

Le projet risque fort de ruiner sa réputation de «ville verte» : la ville de Montréal s’apprête à déverser volontairement huit milliards de litres d’eaux usées (rejets d’égouts et de toilettes) dans le fleuve Saint-Laurent. Or, la majeure partie de la population du Québec vit, comme 64  espèces d’animaux, au bord de cette artère maritime longue de plus de 1 000 kilomètres. Elle abrite de nombreuses espèces marines, dont des baleines et des bélugas dans son estuaire, 80 sortes de poissons et près de 400 d’oiseaux. Le Saint-Laurent fournit 45  % de l’eau potable consommée pat les 8  millions de Québécois.

Le maire de Montréal, Denis -Coderre, a annoncé que l’opération se déroulerait du 18 au 25  octobre pour permettre des travaux sur un échangeur autoroutier sous lequel se trouve une conduite majeure acheminant les eaux usées vers une station d’épuration. Tous les experts consultés estiment, selon lui, qu’il n’y a pas d’autre option. Sans ce déversement, l’usine locale de traitement des eaux usées pourrait être menacée, prévient-il. Les effets sont selon lui «minimes» : pas d’impact sur l’eau potable en aval ; peu d’effets sur les poissons, dont la période de fraie est terminée, pas de risque de développement de bactéries, en raison de la basse température du fleuve en automne.

« Le Saint-Laurent n’est pas une poubelle »

Le projet a soulevé un tollé dans les villages en aval, chez les groupes écologistes et les habitants de Montréal. Une pétition intitulée «Le Saint-Laurent n’est pas une poubelle» a recueilli plus de 85 000 signatures en moins d’une semaine. Les auteurs soutiennent qu’il y a des solutions alternatives. Bien que plus coûteuses, elles n’auraient pas de répercussions sur la santé du fleuve : installer une usine de traitement temporaire ; pomper et entreposer temporairement les eaux usées ; construire un conduit auxiliaire pour vider celui qui pose problème.

D’ordinaire peu porté sur les questions environnementales, le gouvernement conservateur fédéral s’oppose aux rejets. La ministre de l’environnement, Leona Aglukkaq, a demandé mardi 6  octobre à la ville de suspendre son projet. Elle s’appuie sur un règlement sur les effluents des systèmes d’assainissement des eaux usées et la loi sur les pêches qui «interdit d’immerger ou de rejeter une substance nocive dans des eaux où vivent des poissons». Furieux, le maire de Montréal a lancé un ultimatum de trois jours à ce ministère pour donner son feu vert, soulignant qu’il avait été porté à sa connaissance il y a plus d’un an.

Deux poids deux mesures

La lenteur administrative aidant, Mme  Aglukkak n’en a été informée que début octobre… Et a mis le holà en donnant à son ministère le mandat «d’explorer des options en vue de prévenir ce déversement» et de faire des analyses «en bonne et due forme» sur ses répercussions environnementales.

Le maire de Montréal accuse les conservateurs au pouvoir de manœuvres électoralistes, à quelques jours des élections générales du 19  octobre. Il rappelle aussi qu’Ottawa n’a pas été si tatillon en  2003 et 2005 pour autoriser des déversements d’eaux usées montréalaises d’ampleur similaire. Et l’accuse de faire deux poids deux mesures avec Toronto qui rejetterait des milliards de litres d’eaux usées dans le lac Ontario, sans soulever de critique d’Ottawa.

Le gouvernement québécois a, de son côté, officiellement autorisé le rejet. «Ce n’est pas une situation souhaitable, mais, dans les circonstances, c’est la seule solution possible et on a minimisé les impacts», estime le ministre québécois de l’environnement, David Heurtel. Si le projet finit par obtenir l’aval du gouvernement canadien, Montréal promet d’accélérer ses travaux. Au lieu de travailler vingt  heures par jour, les ouvriers se relaieront vingt-quatre  heures sur vingt-quatre. On pourrait ainsi réduire le déversement d’une journée et de près d’un milliard de litres d’eaux usées.

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About Anne Pélouas

Journaliste-blogueuse au Canada, d'origine française, je suis correspondante du quotidien français Le Monde. J'écris aussi pour différentes publications québécoises et françaises, avec le tourisme, le plein air et la gastronomie pour sujets de prédilection. J'ai ouvert un second blogue en janvier 2016: Grouille pour pas qu'ça rouille. Spécial baby-boomers actifs !

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